Assemblée Législative de la Nouvelle-Écosse

Les travaux de la Chambre ont repris le
21 septembre 2017

Renseignements généraux

Les premiers colons acadiens se sont installés dans l'actuelle Nouvelle-Écosse en 1605, avec la création de Port-Royal dans la vallée de l'Annapolis. Déjà, en 1613, la colonie était prospère. C'est également à cette époque que les Britanniques ont attaqué l'Acadie pour la première fois. Ils ont rasé le village et s'en sont emparé. L'Acadie est donc devenue une possession britannique.

En 1632, les Britanniques ont redonné l'Acadie aux Français avec la signature du Traité de Saint-Germain-en-Laye. À partir de cette époque, l'immigration de Français vers l'Acadie est devenue régulière. Le continent nord-américain et la possession de l'Acadie ont toutefois fait l'objet de divers traités en Europe, suite aux guerres pour la suprématie européenne dans cette région du monde. L'Acadie a donc fait l'objet d'allers-retours entre les Français et les Anglais.

En 1713, suite à la signature du Traité d'Utrecht, l'Acadie est devenue une possession britannique, et les Acadiens, des sujets britanniques. Les conflits entre les Français et les Anglais dans la région ont toutefois continué.

Les Britanniques voulaient que les Acadiens prêtent serment d'allégeance à la Couronne d'Angleterre. De nombreux Acadiens ont refusé et ne voulaient pas faire partie du conflit entre les Français et les Anglais. Ils ne voulaient pas prendre les armes contre leur pays, la France, et préféraient vivre en paix sur leurs terres. Ils étaient neutres. Les Britanniques craignaient cette neutralité.

Justification donnée pour l'expulsion

Lettre circulaire du gouverneur Lawrence aux gouverneurs des autres colonies.

Halifax, Nouvelle-Écosse, le 11 août 1755

Ces habitants ont eu la permission de rester en possession de leurs terres, à condition de prêter le serment d'allégeance dans l'intervalle d'une année après le traité d'Utrecht, par lequel cette province fut cédée à la Grande-Bretagne. Ils ont toujours refusé de se soumettre à cette condition, sans la promesse écrite du gouverneur qu'ils ne seraient pas appelés à prendre les armes pour la défense de la province. Le général Phillips leur fit cette concession que Sa Majesté a désapprouvée, et depuis, les habitants se prétendent sur un pied de neutralité entre Sa Majesté et ses ennemis, ont continuellement entretenu des intelligences avec les Français et les sauvages, leur ont procuré des refuges, des vivres et autres secours et causé des ennuis au gouvernement. Pendant que les uns favorisaient les empiétements des Français par leurs trahisons, les autres les supportaient au moyen de la rébellion ouverte. Trois cents d'entre eux viennent d'être pris les armes à la main dans le fort Beauséjour.

Malgré leur mauvaise conduite par le passé, Sa Majesté a daigné me permettre d'accorder son pardon à tous ceux qui voudraient rentrer dans le devoir. En conséquence, j'ai offert à ceux qui n'avaient pas ouvertement pris les armes contre nous, de rester en possession de leurs terres à condition de prêter le serment d'allégeance sans aucune réserve. Ils ont audacieusement et unanimement refusé de prêter serment sans restriction et s'ils croient pouvoir agir de la sorte au moment où nous avons une flotte considérable dans le port et de nombreuses troupes dans la province, que ne devons-nous pas craindre quand l'hiver, qui approche, nous privera de notre flotte, et que les volontaires de la Nouvelle-Angleterre, enrôlés pour peu de temps, retourneront dans leur pays?

Les habitants ayant encouru, par leur conduite, la confiscation de leurs terres et perdu tout droit à de nouvelles faveurs de la part du gouvernement, j'ai convoqué une séance du Conseil de Sa Majesté à laquelle étaient présents l'honorable vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn, pour considérer les mesures qu'il va falloir prendre pour nous débarrasser sans danger et d'une manière efficace, de cette population qu'il était de notre devoir de faire disparaître depuis son refus de prêter le serment, et qui, de plus, sera toujours un obstacle à la colonisation de cette province.

Le chiffre de cette population est de sept mille à peu près, et il n'est pas douteux qu'elle ira renforcer la population du Canada si après l'avoir chassée elle est laissée libre d'aller où il lui plaira. Le Canada n'ayant pas de terres défrichées pour un si grand nombre d'habitants, ceux qui ont en état de prendre les armes seront immédiatement employés à inquiéter cette colonie et les colonies avoisinantes. Pour empêcher cela, il n'y a pas d'autre moyen praticable que les distribuer par groupes dans les colonies où ils pourront être utiles; car le plus grand nombre de ces habitants sont forts et jouissent d'une excellente santé. Il leur sera ainsi bien difficile de se rassembler de nouveau et impossible de commettre des méfaits; ils pourront par la suite rendre des services et avec le temps devenir de bons sujets.

Cette étape a été jugée inévitable pour la sécurité de la colonie en considération qu'il est reconnu que la prospérité de l'Amérique du Nord dépend en grande partie de la préservation de cette colonie contre les empiètements des Français. Je n'ai pas la moindre raison de douter du concours de Votre Excellence et qu'elle recevra les habitants que je lui envoie maintenant et que, suivant notre désir, elle prendra les moyens de les installer de manière à ce qu'ils ne puissent se grouper à l'avenir.

Les vaisseaux employés au transport des déportés étant nolisés au mois, je vous prie de les retenir le moins longtemps possible et de remplir les certificats indiquant la durée de leur engagement conformément à la formule ci-incluse.

Je suis, Monsieur, Votre très obéissant et très humble serviteur, Chas. Lawrence

The Deporation Orders

Le 2 septembre 1755, l'ordre suivant a été présenté aux Acadiens de Grand-Pré. Celui-ci a été traduit en français par M. Beauchamp (Isaac Deschamps), un marchand suisse.

Aux habitants du district de Grand-Pré, des Mines, de River Cannard, aussi bien anciens que jeunes, hommes que femmes.

«Attendu que Son Excellence le Gouverneur nous a instruits de sa dernière résolution concernant l'affaire présentée dernièrement aux habitants, et tel que l'ordre nous a été donné de communiquer ladite résolution auxdits habitants, en personne, Son Excellence souhaite que chacun d'eux soit informé des Intentions de Sa Majesté, qu'il nous a aussi ordonnés de vous communiquer tels qu'elles nous ont été données.

J'ai donc l'ordre d'ordonner à tous les habitants des districts susmentionnés, anciens et jeunes, ainsi qu'à tous les garçons d'au moins dix ans, de se rassembler à l'église de Grand-Pré ce vendredi 5, à trois heures de l'après-midi, afin que nous puissions leur transmettre ce que nous avons été ordonnés de leur communiquer; aucune excuse ne sera acceptée, sous peine de confiscation des biens personnels.

Lu à Grand-Pré, le deuxième jour de septembre de la 29e année du règne de Sa Majesté, 1755.

John Winslow »

Ce qui suit fut lu aux 418 hommes rassemblés dans l'église paroissiale et traduit en français par un interprète.

« J'ai reçu de Son Excellence le gouverneur Lawrence‬ ‪les instructions du roi. C'est par ses ordres que vous êtes assemblés pour entendre la résolution finale de Sa Majesté concernant les habitants français de cette province de la Nouvelle-Écosse qui, durant un demi-siècle, ont reçu plus d'indulgences que tout autres sujets britanniques du Dominion de sa Majesté. De quel usage vous en avez fait, vous seuls le savez.

Le devoir qui m'incombe, quoique nécessaire, est très désagréable à ma nature et à mon caractère, de même qu'il doit vous être pénible à vous qui avez la même nature.

Mais ce n'est pas à moi de critiquer les ordres que je reçois, mais de m'y conformer. Je vous communique donc, sans hésitation, les ordres et instructions de Sa Majesté, à savoir que toutes vos terres, vos maisons, votre bétail et vos troupeaux de toutes sortes sont confisqués au profit de la Couronne, avec tous vos autres effets, excepté votre argent et vos mobiliers, et que vous-mêmes vous devez être transportés hors de cette province.

Les ordres péremptoires de Sa Majesté sont que tous les habitants de ces districts soient déportés, et selon la bonté de Sa Majesté vous permettant la liberté d'apporter tout argent et choses personnelles que vous pourrez transporter sans incommoder les navires sur lesquels vous serez déportés. ‪Je ferais l'impossible pour assurer la sécurité de vos biens et pour vous protéger contre tout acte de brutalité durant leur transport et que des familles entières soient transportées ensemble sur le même vaisseau. Je suis assuré que, malgré votre grand malaise durant cet événement, nous souhaitons que dans la partie du monde où vous serez, vous demeurerez des sujets fidèles à sa Majesté tout en étant un peuple heureux et paisible.

Je me dois de vous aviser que le plaisir de Sa Majesté désire vous garder en sécurité sous l'inspection et la direction des troupes de soldats que j'ai l'honneur de commander. »

Winslow déclare alors les Acadiens prisonniers du roi. Il a également ordonné ce qui suit :

Tous les officiers et les soldats et les marins employés au service de Sa Majesté, ainsi que tous ses sujets, quelle que soit leur dénomination, sont par la présente avisés que tout le bétail, soit chevaux, bétail à cornes, moutons, chèvres, cochons et volaille de toutes sortes, qui aujourd'hui appartenait aux habitants français de cette province, revienne à Sa Majesté qui en prend maintenant possession, et que personne ne doit blesser, ni tuer, ni détruire quoi que ce soit, ni voler dans les vergers et les jardins, ni gaspiller quoi que ce soit de mort ou de vivant dans les districts en question, sans ordre spécial.

Le poème de Longfellow, intitulé « Évangéline », raconte l'histoire de l'expulsion des Acadiens et de ses conséquences pour une jeune femme acadienne qui vivait à Grand-Pré au moment où l'ordre d'expulsion a été lu.

Remarque : Toutes les lettres et ordonnances sont retranscrites exactement comme elles apparaissent dans le journal de John Winslow et traduites en français.